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Au Tchad, un marabout opère comme au temps d’Hérodote

 

Je dédie cette histoire à un ami qui se reconnaîtra pour le faire un peu frissonner rétrospectivement !  
Le texte qui suit est tiré du livre “la ville de sel” de Carl et Petit, publié par Julliard en 1954.  Il s'agit d'une trépanation qui se passe au Borkou, au nord du Tchad. Tous les détails techniques y sont authentiques affirment les auteurs. Au Sahara plus qu'ailleurs peut-être “le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable”. 
Ce serait un secret transmis de génération en génération ayant ses origines en pleine préhistoire.
            http://tchachadi.com/images/bahad.jpg  Reconstitution de sur une coloquinte ! 

“Le vieil Ounia, nommé Eguédé, qui souffrait de violents maux de tête depuis quelques mois, alla trouver Bahad. Il avait reçu dans sa jeunesse un coup de sabre qui lui avait entamé la boîte crânienne. Après avoir longuement examiné et palpé la tête du malade, Bahad déclara :
- L'os n'est pas bon, il faut l'arracher … C'était la trépanation. 
Le vieux hésita, puis accepta enfin de se soumettre à la redoutable opération.
Pour le célèbre guérisseur, cette intervention devait être la dernière d'une longue carrière. Il fit demande à Guiane, de venir l'assister.A l'aube du jour convenu, Guiane arriva à la case d'Eguedé. Deux forgerons étaient déjà là et ils commençaient d'installer leurs soufflets en peau de chèvre près d'un petit brasier.Eguédé était couché sur une natte, à l'intérieur de la case. Le faki Brahammi se tenait accroupi près de lui et murmurait des prières.
Bahad arriva à son tour. Il alla s'installer près du patient et lui parla quelque temps à voix basse. Eguédé lui demanda comme une faveur de ne pas être maintenu durant l'opération.Alors Bahad commença son office.Sur son ordre, Eguédé s'était allongé sur le ventre, la tête appuyée sur le coude droit. 
Bahad sortit de son sac quelques nervures de palmier-doum, une douzaine d'épines de thala et quatre burins qu'il aligna près de lui sur la natte. Dehors les gens se turent soudainement. Guiane écrasait dans un mortier un mélange de garat (plante qui combat l'infection et cicatrise les plaies) et d'écorce d'édri (qui arrête les hémorragies).
Bahad saisit un burin dans sa longue main desséchée et, après avoir palpé pendant quelques secondes le crâne du patient, il prononça le Bismillah et trancha hardiment le cuir chevelu, en croix, sur l'emplacement à opérer. Le sang jaillit aussitôt, en flot épais. Sans s'en inquiéter, le guérisseur posa la pointe de son instrument au centre de la croix et se mit à décoller les quatre volets de peau, comme on écorce un fruit. L'hémorragie se fit plus abondante. Alors, Bahad fit un signe à Guiane ; celui-ci lui présenta le mélange de graines et d'écorces qu'il venait de broyer. Le vieux l'étendit aussitôt sur la plaie à vif et rapidement l'hémorragie diminua d'intensité.”

Et le malade fut guéri !
“A sa demande, un forgeron apporta alors une tige de fer à pointe aplatie, dont l'extrémité était rougie au feu. Bahad l'appliqua aux quatre extrémités de la croix qu'il avait incisée sur le crâne du patient. Les chairs grésillèrent. A la pointe de chaque volet, le guérisseur planta une épine et y attacha une nervure de palmier-doum. Les quatre liens pendant autour de la tête furent ensuite tirés et noués sous le menton de l'opéré, ouvrant les téguments en une fleur sanglante et fantastique qui découvrait l'os. 
Lorsque l'hémorragie cessa complètement, Bahad nettoya la paroi osseuse. Guiane vit alors distinctement la trace du coup de sabre, un sillon noirâtre et profond.Et la trépanation proprement dite commença. A l'aide d'un burin Bahad traça autour du sillon une ellipse régulière et suivant ce tracé, il se mit à inciser l'os, à petits coups lents, précis et puissants. Dans un coin de la case, le faki accroupi marmonnait les formules saintes en égrenant son chapelet. Il commençait à faire chaud.
Au bout de quelque temps, Bahad laissa tomber son instrument émoussé et en saisit un autre. Il taillait sans relâche et dans l'os le cercle se creusait, de plus en plus profond. Eguédé qui avait tressauté à plusieurs reprises lorsqu'on lui ouvrait le cuir chevelu, demeurait maintenant immobile, la tête toujours appuyée sur le coude.
Les heures s'écoulaient et Guiane vit enfin ce qu'il attendait. Dans les mains nerveuses du guérisseur, l'outil se fit plus circonspect. Une sorte de contact mystérieux parut s'établir entre la pointe métallique et les sens du vieillard. Au-delà de l'écorce osseuse, Bahad avait senti qu'il allait atteindre l'organe essentiel et fragile.
Le moment crucial était arrivé. Les risques étaient énormes . Le vieux guérisseur eut soudain conscience de son grand âge et une terrible lassitude parut courber ses épaules. Il posa son regard sur Guiane , sa jeunesse et son calme le rassurèrent.
 D'une main qui ne tremblait plus, il appliqua l'extrémité du burin en un point du sillon et il fit levier.La rondelle d'os remua dans son logement, mais ne céda pas .Bahad localisa les adhérences et donna encore deux ou trois coups de tranchant délicatement. A la seconde tentative, le fragment se détacha d'un seul coup. Le chirurgien le recueillit entre deux doigts et le tendit à Guiane émerveillé. Au-dessous, la surface palpitante des méninges apparaissait. Quelques mouches s'en approchèrent. Le jeune homme les chassa d'un revers de main.
Le patient était prostré et ne réagissait plus maintenant. Bahad lava la cavité avec de l'eau fraîche, puis y versa du beurre de chèvre.L'opération était terminée.
Comme il avait prévu de le faire, Guiane resta près de l'opéré, afin d'observer le processus de guérison. Dès lors, tout se passa normalement. Chaque matin, du beurre était versé dans la plaie et, jusqu'à la nuit, quelqu'un se tenait près du convalescent pour écarter les mouches.
Au bout de sept jours, on appliqua de nouveau de la poudre de garat et l'on ôta les bâtonnets qui empêchaient le cuir chevelu de se refermer. Peu de temps après les  attaches de fibre se rompirent et on laissa les chairs se rabattre lentement sur l'ouverture béante du crâne.
Au bout de quinze jours, Eguédé déclara qu'il ressentait de violentes douleurs en divers endroits de la tête. Bahad s'y attendait, car il en était ainsi habituellement . Il localisa les points douloureux, par palpation et y appliqua l'extrémité d'une tige de fer rougie au feu. Les douleurs cessèrent.
Un mois plus tard, Eguédé était définitivement guéri. ”

Les voyages de Danae au Sahara, en Asie et ailleurs

Le chargé de communication et des relations extérieures adjoint
Idriss Togoi DADI

 

 

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